Les débats sur l’arrimage, c’est l’auberge espagnole des réseaux sociaux. Chacun y va de sa certitude, de son astuce, de sa jurisprudence improvisée. Mais au-delà des discussions sans fin, comment sécuriser vraiment un quad sur une remorque, sans laisser place au doute ? Le sujet mérite qu’on s’y attarde, car les règles, parfois obscures, dessinent en réalité un cadre assez logique.
Première étape : êtes-vous concerné par les règles du transport lourd ?
La question revient sans relâche : faut-il additionner les masses brutes des véhicules pour savoir si on bascule dans la catégorie « ensemble de véhicules lourds » ? Les textes sur le transport routier sont clairs : on ne cumule pas les PNBV (poids nominal brut du véhicule), sauf lorsqu’il s’agit d’arrimage. Dans ce cas précis, on additionne bien les PNBV de la remorque et du véhicule tracteur. La plupart des amateurs de quad préfèrent éviter de se frotter aux autorités : ils arriment donc leur machine avec une rigueur exemplaire. Pour simplifier, partons du principe que tout le monde se trouve dans cette configuration. Vous allez voir, la marche à suivre tient la route.
Pour commencer, un rappel : l’article 471 du Code de la sécurité routière impose que tout véhicule transporté soit immobilisé de manière à ne pas bouger ni se détacher. Rien de sorcier, mais la base est là. Ce même article s’appuie sur la fameuse norme 10 d’arrimage, référence incontournable partout en Amérique du Nord.
471. Nul ne peut conduire ou permettre de conduire un véhicule routier dont le chargement :
- n’est pas solidement retenu ou suffisamment couvert pour qu’aucune partie ne puisse se déplacer ou se détacher du véhicule ;
- est placé, retenu ou couvert de façon à réduire la visibilité du conducteur ou à masquer les feux du véhicule ;
- est disposé de manière à nuire à la stabilité ou à la maniabilité du véhicule ;
- n’est pas arrimé conformément aux règlements et normes d’arrimage du chargement.
Ce que dit la norme 10 sur l’arrimage :
La norme 10 précise qu’un quad, ou un autoquad de moins de 4 500 kg, n’est pas considéré comme un véhicule au sens où l’entendent les textes sur l’arrimage. Autrement dit, c’est la règle générale qui s’applique pour leur transport.
Le texte précise :
22 (1) Sauf exception du paragraphe (4), le chargement transporté par un véhicule doit être immobilisé à l’aide du nombre de dispositifs d’arrimage déterminé selon les paragraphes (2) ou (3).
b) deux dispositifs d’arrimage si l’objet (ii) mesure plus de 1,52 mètre mais pas plus de 3,04 mètres, peu importe son poids ;
c) si l’objet dépasse 3,04 mètres, (i) deux dispositifs d’arrimage pour les premiers 3,04 mètres de longueur ; et (ii) un dispositif supplémentaire pour chaque tranche additionnelle de 3,04 mètres ou fraction entamée.
En résumé, il s’agit d’utiliser au moins deux dispositifs d’arrimage pour maintenir le quad sur la remorque, ou trois si la machine dépasse 3,04 mètres (soit 10 pieds). À tout moment, ces dispositifs doivent rester sous tension. On entend par « dispositif d’arrimage » tout ensemble capable de maintenir une charge et de garantir la tension : chaîne avec tendeur, câble acier avec enrouleur de treuil, sangle synthétique avec tendeur. Il existe aussi des paniers à roue comme sur les dépanneuses, ou encore des systèmes de sangles qui ceinturent le pneu, solution testée par Patrick Roch récemment.
Pour éviter les mauvaises surprises lors d’un contrôle ou sur la route, gardez en tête ces quelques points essentiels sur les dispositifs d’arrimage :
- La capacité nominale minimale du système d’arrimage (tous éléments confondus) doit représenter au moins 50 % du poids de la charge à retenir. Cette capacité, appelée « limite de charge de travail » ou WWL, est inscrite sur la sangle. Il ne s’agit pas de la résistance maximale ou du point de rupture.
- La limite de charge doit être clairement indiquée sur l’équipement, via une marque du fabricant. Sur une ceinture, cela prend souvent la forme d’une étiquette cousue ou d’une mention imprimée. Si l’étiquette disparaît, l’outil devient non conforme. À l’achat, vérifiez la qualité de cette étiquette, car certaines s’effacent après seulement deux ou trois utilisations.
- Utiliser un treuil pour l’arrimage n’est pas toléré, car la tension ne peut être garantie en continu. De plus, les câbles de treuil ne comportent pas de marquage de capacité de la part du fabricant.
Il n’y a pas de secret : la prétendue obligation de quatre attaches relève du mythe urbain. Beaucoup en utilisent quatre par précaution, et libre à chacun de dépasser la norme minimale : rien ne l’interdit. Les contrôles routiers restent rares si le transport se fait pour le loisir, mais respecter ces règles, c’est s’offrir une tranquillité d’esprit appréciable. Le quad solidement arrimé, la route peut défiler sans arrière-pensée. Reste ce plaisir simple : savoir que, sur le bitume, votre machine ne bougera pas d’un centimètre.




