Choisir la bonne enduro pour s’initier au cross

Depuis que l’idée est restée dans l’esprit des gens, c’est fait : la rédaction de Moto-Station a organisé sa sortie Enduro. Mais comme il ne s’agit pas uniquement de pros hors route, nous avons trouvé le concept « Enduro for Dummies » intéressant. Sept motos d’Enduro récréatives, une bande de débutants et une balade dans la Creuse : quelle meilleure façon de vous guider dans vos premiers pas dans la discipline ?

7 motos TT pour débuter en Enduro : la comparaison

AJP 125 PR3 Enduro : Le jouet

La 125 AJP PR3 se démarque d’emblée par son gabarit : c’est clairement la plus compacte du lot. Avec sa roue arrière de 17 pouces, la PR3 évoque presque une mini-moto, idéale pour s’initier sans appréhension. Les moins d’1,70 m peuvent enfin poser les pieds au sol, et la prise en main se fait sans stress. Marc, malin, a fait grimper sa compagne sur la selle : aussitôt, la PR3 s’est retrouvée en haut de la liste des envies. Après quelques tours, le verdict tombe : tout le monde parle de « jouet ». Et c’est vrai : son poids-plume et sa maniabilité transforment chaque sentier en terrain de jeu. Christophe ne tarit pas d’éloges : « Au début, c’est parfait, et ça rassure quand il faut récupérer une erreur ». Mais dès que l’on prend de l’assurance, les limites du format apparaissent vite. Les plus grands (1,78 m et plus) se sentent à l’étroit, et à la longue, la vivacité extrême réclame une vigilance constante. Côté freinage, la PR3 devance ses concurrentes avec un avant redoutable, une rareté sur ce segment. Le moteur, sans briller, s’en sort correctement : rustique, fiable, il fait le boulot. Les montées en régime sont moins franches que sur d’autres, mais pour une moto de loisirs, l’objectif est atteint. Petit bémol : l’admission sous la selle amplifie le bruit pour le pilote. Certains n’y ont pas prêté attention, d’autres l’ont trouvé gênant : question de sensibilité.

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Beta 125 RR LC : un moteur avant tout

La Beta 125 RR LC s’impose d’abord par une allure valorisante, digne des modèles haut de gamme de la marque. Les jantes noires à moyeux chromés ne passent pas inaperçues. Haute sur pattes, la RR LC divise sur l’accessibilité, mais sa finesse et son ergonomie mettent tout le monde d’accord. On se sent à bord d’une vraie moto, sans artifices. La prise en main est immédiate : stable, joueuse, la Beta inspire confiance. Malgré tout, les retours convergent : elle se révèle un peu sèche sur les suspensions, et le freinage manque de mordant, ce que Christophe a appris à ses dépens lors d’une descente tendue. Le guidon en acier fait grise mine : David l’a tordu, heureusement sans trop de conséquence. Mais là où la Beta frappe fort, c’est sur le moteur. Parmi les trois Minarelli à l’essai, celui-ci est le plus vif et réactif. Beta a peaufiné la mécanique, et cela se sent. La RR LC est capable d’un coup d’embrayage énergique, d’un sursaut dès qu’un obstacle pointe. Et puis il y a cette sonorité rageuse qui donne envie d’ouvrir. Sur ce plan, la Beta fait l’unanimité.

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HM CREF 125 RR : Homogénéité séduisante

Le HM CREF 125 RR n’a pas mis longtemps à séduire. Son habillage blanc et son cadre alu frappent dès le premier regard, le tout bien assemblé, façon « haute couture » pour du 125 loisir. Sabot et protège-mains d’origine, rien ne manque. Sur la selle, chacun se sent rapidement à l’aise, même si la largeur est un peu supérieure à la Beta. Position debout agréable, suspensions équilibrées entre confort et efficacité : la HM coche presque toutes les cases, à l’exception d’un amortisseur qui pourrait gagner en progressivité. Les freins assurent l’essentiel, mais la pédale arrière, trop cachée, n’est pas la plus pratique. Ce qui ressort au fil des essais, c’est le côté homogène de l’ensemble : rien n’explose, rien ne déçoit. Le moteur, un Minarelli aussi, se montre linéaire, très facile à doser, même s’il lui manque le pep’s de la Beta. La transmission tire un peu long, ce qui peut inciter à la raccourcir pour plus de caractère. Mais pour découvrir l’enduro, l’équilibre de la HM fait mouche.

Yamaha WR 125 R : Solide et discret

La Yamaha WR 125 R n’a pas laissé indifférent. Son style tranche, mais c’est surtout son gabarit qui surprend. Lourde, volumineuse, elle impose le respect. Les commandes sont complètes, le tableau de bord regorge d’infos, la WR 125 R se rapproche presque d’un trail polyvalent. Mais la largeur des radiateurs se fait sentir, et l’adaptation au poste de pilotage prend un moment. Dès qu’on s’élance, la Yamaha révèle le confort de ses suspensions, un point positif pour Mehdi qui redoute les chocs. Pourtant, la fourche manque de feedback et le poids élevé complique la prise en main sur les sentiers. Il faut de la poigne pour remettre la moto en ligne, ce qui la rend peu accessible pour un débutant. En revanche, la robustesse n’est pas en question : après quelques chutes, la Yam repart sans broncher. Côté moteur, l’injection apporte de la rondeur, mais le collecteur long et le catalyseur brident les performances. La WR 125 R s’avère silencieuse, très sobre, mais ceux qui cherchent de la vivacité lui préfèreront d’autres modèles. Elle reste très douce, presque trop, pour qui veut progresser sur les chemins.

HM CRE 125 2T Compétition : Une guêpe superbe

Place au deux-temps avec la HM CRE 125 2T. Rien que l’esthétique capte l’attention : fourche anodisée, pièces alu découpées, sabot, protège-mains, jantes Excel, cadre alu… tout y est. Le démarrage au kick côté gauche réveille un moteur qui sonne fort et clair. Mais sous cette robe de compétition, la CRE 125 2T n’est pas qu’un objet de convoitise. À l’assaut des chemins, la hauteur de selle se fait sentir, mais la position reste naturelle. Les suspensions sont fermes, le châssis rigide, ce qui réduit le confort mais renforce la confiance quand ça tabasse. Mehdi a noté que la moto donne de l’assurance dans les passages techniques. L’amortisseur mériterait de progresser, car le deux-temps manque parfois de traction. Niveau agilité, la CRE se place en tête : vive, légère, elle répond à la moindre sollicitation. Le moteur Rotax, lui, fait grimper l’adrénaline. Explosif en haut, creux en bas, il demande de l’engagement et une bonne gestion de l’embrayage. Les sensations sont là, mais ce tempérament « ON/OFF » ne conviendra pas à tous les débutants.

AJP 250 PR5 Enduro : Heavy Metal

Changement de catégorie avec l’AJP 250 PR5, qui passe à la cylindrée supérieure. L’aspect général inspire moins les asphaltes de la rédaction : cadre alu, mais finition brute, moteur inspiré de la Honda XR, injection… Les premiers retours sont mitigés. Pourtant, la PR5 a des atouts. Guidon Reikon, suspensions de qualité (fourche Gas Gas Racing, amortisseur Sachs), la partie cycle est sérieuse. La PR5 s’impose par son gabarit, assez haute, qui peut rebuter les petits gabarits. Mais une fois lancée, l’équilibre devient vite un point fort grâce au réservoir placé à l’arrière. La maniabilité surprend malgré la masse, et la stabilité donne confiance à vitesse soutenue. Les suspensions encaissent sans broncher, même si le confort est assez ferme, la selle n’arrangeant rien. Sous ses airs rustiques, la PR5 est docile, souple, avec suffisamment de couple pour franchir les obstacles sans crainte. L’injection facilite la gestion du moteur, et un coup de gaz accompagné d’un bon embrayage suffit à passer partout. Les guides « accros KTM » du groupe n’ont pas mis longtemps à reconnaître le potentiel loisir de cette AJP.

Honda HM CRE 250 F Easy : une croix homologuée

Dernière de la sélection, la HM 250 Easy Clutch fait figure d’épouvantail : c’est une base 250 CRF de cross homologuée par HM, équipée d’un embrayage automatique Rekluse. On change toujours les vitesses, mais plus besoin de manipuler le levier à l’arrêt ou lors des relances. C’est le détail qui interpelle, car pour le reste, la finition Honda est bien là, à l’exception d’un régulateur mal positionné derrière le radiateur. Après une chute, la pièce a montré ses limites, il faudra la déplacer. Plus légère et moins imposante que l’AJP 250, la HM 250 Easy séduit par son ergonomie et ses commandes instinctives. Les suspensions, typées cross, sont fermes et taillées pour l’efficacité, mais difficiles à assouplir. Cette moto autorise un rythme élevé et encaisse les chocs sans broncher. Côté moteur, attention, c’est du costaud pour un débutant. Le carbu est explosif, même si la double sortie LeoVince adoucit un peu l’ensemble. L’embrayage automatique, par contre, change la vie en enduro, surtout dans les montées ou les franchissements lents. Petit bémol, il n’est pas possible de démarrer en poussant la moto, et l’absence de démarreur électrique a fait râler les moins courageux, qui ont vite trouvé la parade…

Par Arnaud Vibien, photos audiovisuelles et Mehdi Bermani

Merci : à HM Euroboost (on s’excuse encore pour les motos cabossées…), Beta France et Yamaha. À Marc Moralès (AJP France) pour ses conseils avisés. À Didier, notre éclaireur des sentiers, et à Guillaume, sauveur de David. Et à Manue pour la logistique…

Comparaison « Enduro pour les nuls » : nos opinions subjectives

David

Administrateur des forums Moto-Station, a tenté le « Wiggle » en tout-terrain, sans succès… Classement personnel : 1- AJP 250 PR5, 2- HM CREF 125 RR, 3, HM CRE 125 2T, 4, Beta 125 RR LC, 5 -AJP 125 PR3, 6, HM 250 CRFE Easy, 7, Yamaha WR 125 R

Débutant total en enduro, je ne pensais pas ressentir des écarts aussi nets entre les motos de ce comparatif. Et pourtant… Ma favorite, sans hésiter : l’AJP 250. Moteur coupleux, partie cycle très rassurante, suspensions idéales pour se lancer. C’est avec elle que j’ai pris le plus de plaisir, juste devant la HM 125 4T : moins performante en moteur, mais agréable et facile à comprendre, avec un châssis qui combine agilité et stabilité. Debout sur ces deux-là, tout tombe sous le sens. Enfin, un petit pincement pour la HM 2 temps, dont les sensations restent uniques.

Mehdi

Rédac’chef, propriétaire d’une 750 GSX-R, rêveuse d’un monde TT. Classement personnel : 1, HM CRE 125 2T, 2, AJP 250 PR5, 3, Beta 125 RR LC, 4, HM CRE 250 F Easy, 5, HM CREF 125 RR, 6, AJP 125 PR3, 7, Yamaha WR 125 R

Des papillons dans le ventre ! Grand amateur d’asphalte, j’appréhendais ce comparatif enduro pour débutant. J’ai tout tenté pour y échapper, rien n’y a fait. Et tant mieux : l’enduro, dans ces conditions, c’est génial. Deux jours à tomber, à découvrir des machines accessibles, un prof pas manchot, la Creuse en toile de fond. Après des litres de sueur, c’est la HM 125 2T qui m’a laissé le souvenir le plus vif : ce moteur explosif, la finesse de sa fourche. J’ai aussi apprécié l’AJP 250 pour son couple et sa fourche magique, même si le look me parle moins. La Beta 125 est facile, le son est top, mais le réservoir minuscule m’a piégé. La HM 250 Easy Clutch, terriblement efficace, m’a bluffé par son embrayage auto. Les autres modèles ont chacun leurs arguments, certains marquent plus que d’autres. La Yamaha, elle, reste la plus douce, celle qui m’a permis de finir entier…

Christophe

Rédacteur en chef, adepte du trail, découvre le TT pas à pas. Classement personnel : 1- HM CREF 125 RR, 2- AJP 250 PR5, 3, Beta 125 RR LC, 4, AJP 125 PR3, 5 -Yamaha WR 125 R, non testé : HM CRE 250 F Easy, HM CRE 125 2T

Ce comparatif a été le prétexte parfait pour rouler entre collègues, découvrir la Creuse et retrouver des figures comme Marc Moralès. Rapidement, la HM 250 Easy Clutch m’a impressionné, trop puissante pour mon niveau. Je me suis donc rabattu sur la PR3, parfaite pour les petits gabarits. Mais en roulant, j’ai préféré la Beta, la PR5 ou le HM CRE 125, ce dernier étant le plus polyvalent à mes yeux. La Yamaha m’a moins convaincu, trop haute et lourde, sans retour du train avant. L’expérience m’a surtout rappelé que l’enduro dépend autant de la région que de la moto. En Creuse, on part du garage, ailleurs il faut tracter. Chez moi, en Normandie, les chemins se font rares : peut-être que l’électrique changera la donne…

Arnaud

Responsable TT, « crossman » dans l’âme, toujours partant pour une bonne rigolade. Classement personnel : 1, HM 250 CRFE Easy, 2, HM CRE 125 2T, 3, Beta 125 RR LC et AJP 250 PR5, 5, Yamaha WR 125 R, 6, HM CREF 125 RR, 7, AJP 125 PR3

Enfin, j’ai traîné mes collègues citadins dans la terre ! Cette sortie enduro « pour les nuls » a offert son lot de surprises et de fous rires. Au bout du compte, la HM 250 CRFE sort du lot grâce à son ergonomie, ses performances et l’embrayage automatique Rekluse, un vrai plus quand ça grimpe. Ensuite, la 125 HM 2T pour ses sensations pures, son moteur Rotax qui ne laisse personne indifférent. Pour la troisième marche, difficile de choisir entre la Beta et l’AJP PR5 : la Beta pour la polyvalence, le bruit et l’envie d’attaquer, la PR5 en référence loisir, bien suspendue et équilibrée. La HM 125 4T est homogène mais manque de tempérament, la Yamaha est trop lourde pour un débutant mais reste honnête, la PR3 n’est pas adaptée à mes goûts de crossman.

Comparaison « Enduro for Dummies » : revue et données clés

Bilan : Des motos différentes, pour tous les goûts

Deux jours sur les sentiers, et le constat s’impose : chaque moto a sa personnalité, ses forces et ses faiblesses, mais toutes ne s’adressent pas au même public. Le HM Easy Clutch, par exemple, demande un peu de bouteille pour être pleinement apprécié. Son embrayage automatique, mal compris au départ, révèle sa valeur après adaptation. C’est l’alliée du randonneur déjà initié qui veut s’épargner le levier à gérer dans le technique. La Yamaha WR 125 R, quant à elle, s’oriente clairement vers la route, mais peut dépanner pour du tout-terrain occasionnel, à condition d’avoir déjà un peu d’expérience pour gérer le poids et la largeur. L’AJP 125 PR3 reste le choix le plus rassurant pour les petits gabarits et ceux qui veulent débuter sans se compliquer la vie. À moins de 1,65 m, il n’y a pas mieux. On la changera vite en prenant de l’assurance, mais à ce prix, elle remplit sa mission. La Beta 125 RR LC est la plus pétillante des 4 temps : moteur joueur, bruit sympa, mais elle se révèle un peu rigide sur la partie cycle. Un novice appréciera ses qualités, un pilote plus aguerri cherchera mieux. La HM CREF 125 RR, elle, brille par sa polyvalence : pas de réel défaut, pas de vrai sommet, mais un équilibre global rare. Le HM CRE 125 2T, en revanche, laisse une empreinte durable : caractère, sensations, mais demande un minimum d’expérience pour ne pas se faire surprendre. Enfin, l’AJP 250 PR5 effraie d’abord par son gabarit puis séduit par sa facilité et sa stabilité. Elle s’adresse à ceux qui veulent progresser sans se limiter, même si un peu plus de confort serait appréciable. Sur les sentiers de la Creuse, chacun a trouvé chaussure à son pied. Reste à savoir lequel vous fera vibrer au premier coup de gaz.

Comparaison « Enduro pour les nuls » : données clés

Enduro AJP 125 PR3

Hauteur d’assise : 840 mm Poids plein vérifié : 104,4 kg Prix : 3 190 €

Enduro AJP 250 PR5

Hauteur d’assise : 930 mm Poids total vérifié : 128,5 kg Prix : 5 590 €

Beta 125 RR LC

Hauteur d’assise : 917 mm Poids plein vérifié : 109,5 kg Prix : 4 290 €

HM CREF 125 RR

Hauteur d’assise : 900 mm Poids plein vérifié : 110,5 kg Prix : 4 799 €

HM CRE 125 2T Compétition

Hauteur d’assise : 920 mm Poids contrôlé : 105,9 kg Prix : 5 599 €

HM CRE F 250 R Easy

Hauteur de selle : 955 mm Poids tous pleins faits : 112,5 kg Prix : 8 340 €

Yamaha WR125R

Hauteur de selle : 930 mm Poids tous pleins faits : 136 kg Prix : 3 999 €

Choisir une enduro pour débuter, c’est avant tout choisir une manière d’apprendre, de progresser, de s’amuser. La bonne moto, c’est celle qui vous donne envie de retourner en Creuse, dans la boue ou sur le gravier, juste pour le plaisir du prochain départ.

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